CAROLINE CHAVEROT

Chapitre N°1 – Morceau choisi

Caroline fait partie de ces légendes, de celles qui ont écrit quelques-unes des plus belles lignes de ce sport… Sport qui consiste à mettre un pied devant l’autre en avalant des montées qui apparaissent de prime abord indigestes quant à leurs pieds nos yeux s’élèvent et épousent les courbes dessinées par leurs lacets infinis, puis à dévaler des sentiers piégeux dans une sorte de numéro d’équilibriste  désarticulé, le tout sur des distances, qui à une époque pas si lointaine, nous paraissaient démentielles. 

Caroline est l’une de ces pionnières, l’une de ces premières dames devenues icones malgré elles, de celles qui ont fait grandir une discipline encore partiellement anonyme. La communication sur les réseaux sociaux n’était qu’à ses balbutiements et les images rares, mais les légendes de ses conquêtes se comptaient au son du souffle d’un vent qui descendait de ses Alpes suisses. Ce souffle se renforça pour devenir tempête et emporta bientôt les plus beaux monuments de l’Ultra Trail jusqu’au sacre mondial. Caroline est faite de ce bois, de celui qui résiste aux éléments pour s’élever au-dessus de la mêlée, et ce sourire éternel… qui dessine à la commissure de ses lèvres ce trait d’union entre la nature et la sienne.

Cet héritage n’est précédé d’aucun écrit mais le chemin a été tracé pour toute une nouvelle génération de coureuses et coureurs en sentier. Ce sentiment derrière l’impossible d’une aventure, auquel on oppose une alliance faite de patiente, de travail et d’abnégation pour faire d’une tentative une réalisation. Caroline a ouvert cette porte vers l’extérieur, de celui qui sent la liberté, les effluves de la nature et le gout de l’effort.Que fait-on quand on entre en contact avec une de ces idoles pour figer une vie d’aventure et de dépassement de soi ? Caroline m’a donné un de ses bandeaux de poignet…

Chapitre 2 – Mise en carte

À mi-chemin entre la chute et l’équilibre, si avancer consiste à passer d’un déséquilibre à un autre, comment cet être bipède que nous sommes parvient-il à tenir debout sur de si fragiles petits pieds ?

Dans cet art de tenir en équilibre dynamique dans la bourrasque des sentiers, Caroline se dresse du haut de son rocher pour se détacher de l’arrière-plan. Puisque la joie n’a pas de nuance, cet équilibre, devenu poétique, laisse place un temps à une rêverie qui s’intègre dans l’ordre du monde comme on apprend à marcher avant de savoir courir vers son propre équilibre. Un équilibre des gestes devenu naturel animé d’une qualité esthétique qui transforme un but fixé en acte à réaliser. Par la force des choses et de ce corps qui se rétabli en permanence, la bravoure est à l’image de ces artistes, empreint d’une envie débordante de voir ce qu’il y a après… après une montée, une descente, un virage, une nouvelle bosse comme pour se dire « je suis capable d’aller plus loin, d’aller après » et ainsi rendre accessible et à portée de regard l’immensité d’un monde qui nous déséquilibre mais qui nous porte et auquel nous sommes inévitablement accrochés.

Lumineuse, colorée, énigmatique, la nature dévoile alors sa palette et ouvre une trace éphémère sous les pas de ces fervents des sentiers qui osent pousser toujours plus loin cet être organique qui au-delà de ses qualités biomécaniques œuvre à s’émanciper dans l’espoir du pas d’après, de ce nouvel équilibre déstabilisé dans le geste d’après, car avancer c’est se rétablir.

Chapitre 3 – Épilogue

Comme la chronique du temps qui passe mais que l’on ne souhaite pas révolu, on désire parfois faire revivre le souvenir d’une époque qui a animé un corps et des pensées, sorte de course désespérée rythmée par un souffle de nostalgie et des relents de mélancolie. Mais que reste-t-il de cette époque qui nous a placé sur le toit du monde ? Comme un point de départ autour d’une réflexion plus profonde que les nombreuses lignes qui garnissent un palmarès à la lumière de la froideur d’une recherche numérique ne parviennent pas à réchauffer.

Tout arche franchi, toute ligne traversée, qu’elle soit de départ ou d’arrivée porte l’espoir d’une révélation personnelle, comme on se révèle à soi-même avant de se révéler aux autres. À la croisée du dépassement de soi comme pour se délester de la lourdeur de ce monde, chaque chemin emprunté se fait à sens unique mais parfois à contre-courant. 

La trajectoire de Caroline sur les sentiers est intensément marquée par une passion harassante qui laisse encore aujourd’hui une trace indélébile dans la communauté. Sorte d’astre venu rayonner sur les sentiers des plus belles traces du monde avant de partir en orbite sur des trajectoires inaccessibles et devenir intouchable, il en ressort l’un des plus beaux palmarès du XXIème siècle (UTMB, Championnat du monde, MIUT, SaintéLyon, Eiger Ultra Trail, CCC, Hardrock 100…). Si les marques restent, l’être reste libre et le temps n’effacera pas celui ou l’une des plus belles athlètes a propulsé ses pas au-delà d’un simple accomplissement personnel, Caroline est intouchable et l’histoire continue à faire vivre ces héros.