« Dans l’île de Ré, ma belle adorée je t’emmènerai ». Tour de l’île de Ré

     je voulais m’échapper, avoir Ré la blanche pour moi seul le soleil encore dormant et sortir de la frénésie touristique qui se déverse par milliers durant les mois estivaux, empruntant cette colonne vertébrale de béton légèrement courbée qui révèle aux curieux après un peu plus de 3 kilomètres de haut et de bas un humus salé et les embruns fruités de ce charme Rétais, hautin parfois mais passionné toujours. Je vous comprends tellement Mr Nougaro.

     Ce projet est un projet que j’avais en tête depuis un certain temps déjà, mais que je ne voulais pas préparer outre mesure. Du coté pragmatique de la ballade, je garderai l’accumulation de quelques kilomètres en vue des prochaines échéances mais intimement je percevais déjà l’excitation et ce plaisir d’avoir à avancer les yeux grands ouverts à la découverte de paysages que je connaissais mais qui j’en étais persuadé pouvaient encore avoir leur lot de surprise à me dévoiler. Je nourris avec l’île une relation d’amour et j’avais en tête ces tableaux de Monet que je rêvais avec pour toile de fond ce bout de terre et sa palette de couleurs, le mariage aurait pu faire de délicieuses merveilles. Je crois surtout que c’était un voyage un peu égoïste.

     Je me suis donc élancé peu avant 6h à la conquête de cette promesse, royaume de la bicyclette et de la rose trémière. Après un bref signe échangé en direction du phare de Chauveau qui trônait non loin du camping-car et qui à cette heure matinale n’était pas encore assiégé par la marée de pêcheurs, j’ai progressé vers le pont sur ma droite pour me mettre dans le sens de la marche direction Rivedoux, premier bastion qu’il me fallait conquérir. Je savais qu’à cette heure matinale je ne serais pas dérangé par le flot de cycliste au regard réprobateur qui me jugerait sans nul doute comme un obstacle trop lent sur leur piste, les obligeant à quelques cabrioles. Je savais surtout que sur la piste cyclable me permettant d’atteindre le centre de Rivedoux, longeant le camping du Platin, je n’aurais qu’à me retourner et contempler le spectacle que m’offrirait le premier tango distillé par le levé du jour sur le pont. Les couleurs étaient magnifiques sur cette grande baie, ces plages de sable et ces petites dunes. Après que la marée et son flux d’émotion se soient retirés de mes yeux et que mes esprits me soient revenus, j’ai poursuivi ma route en longeant le centre et le port réhabilités des années déjà auparavant et qui permettent de contempler les premiers parcs à huitres. J’ai alors longé la petite corniche direction la Flotte en laissant sur la gauche le squelette encore gisant des majestueuses ruines de l’abbaye Notre Dame de Ré édifiée au 12ème siècle et qui témoigne de l’âpreté des combats passés. Sur ce chemin qui longeait l’océan, y régnait une certaine quiétude, ce calme solitaire avant la tempête humaine qui apparaitra vers 9h30-10h après que les estomacs soient rassasiés de quelques viennoiseries et avant l’assaut des marchés en vue de la préparation du repas de midi. Je me retrouvais seul me remémorant ces vacances passées sur le sable, ces pistes maintes fois empruntées, cette odeur si particulière des côtes Rétaises. Je crois que dans ces moments on ne perçoit plus réellement notre environnement, c’est une sorte d’état second, on rentre alors en soi, tout devient mécanique et huilé d’automatisme, courir, respirer pour alimenter les muscles qui se contractent de concert avec le souffle, les gouttes perlent alors sur le front et le sel s’en échappe dans une irritation oculaire. Notre esprit divague, saute d’arbres en arbres des questionnements existentiels. Je suis sorti de mes rêveries à mon arrivée sur la Flotte et me suis rendu compte non sans un sourire que les bateaux paraissaient également perdus dans leurs pensées, jonchant le sol du port, abandonnés par cet océan qui aime pourtant tant les bablotter au son de clapotis et se retirer dans une sérénité plus lointaine. Ils étaient là, patients, dans l’attente de cette rencontre qui se perpétue jour après jour comme on redécouvre une femme. Ce lasseraient-ils un jour ?

     Mes godasses ont ainsi quitté les rues, ces venelles fleuries abritant les merveilles d’un petit patrimoine jalousement gardé, ces maisons blanches, charmantes et pittoresques habillées de leurs volets colorés, direction la citadelle de Saint Martin, capitale historique de l’île. Edifiée en 1681 et véritable chef d’œuvre de Vauban, elle consista à protéger l’île et servir d’abri à toute la population en cas de débarquement anglo-saxon. Ces fortifications seront par la suite transformées en dépôts de prisonniers avant leur départ par bateau vers le bagne de Guyane française et de Nouvelle Calédonie. Arrivé par la côte et débouchant sur le port, j’assiste silencieux au balais des bateaux de pécheur qui gagnent l’océan. J’y croise aussi l’une des rares âmes de ce levé du jour, un photographe, auquel je souris avec ce regard complice de ces matinaux qui viennent saisir la nature et figer un instant. Le soleil passe derrière le petit phare du port et se joue de mes yeux, instant hors du temps, entre ciel et océan.

     Après avoir traversé un petit marché qui fournira à mon estomac un bon chausson aux pommes, et me permettra ainsi chaussé de m’élancer vers la prochaine destination, je gagne progressivement La Couarde. Petite bourgade, à la croisée de toutes les pistes cyclables et donc carrefour inévitable, elle garde néanmoins les vestiges de ses origines saunières et vigneronnes d’avant révolution. Je ne m’attarde pas, l’île se réveille et je vais devoir la partager et composer, je bifurque rapidement sur la droite et progresse dans les dédalles de marais qui me conduisent sur Loix. Ce village est sans conteste le plus petit, une véritable presqu’île dans l’île qu’il n’est possible de relier que par l’unique route bordée de marais et gagnée sur la mer par endiguement. Je n’emprunterai cette route que sur le retour vers Ars, pour le moment je profite des aménagements de la piste cyclable et la réhabilitation des lieux qui rendent l’endroit admirable et sèment mes yeux perdus sur cette horizon salin. Je virevolte avant de déboucher dans ce petit village, enclavé entre océan et marais salants qui lui confèrent une authenticité incontestable. S’en suit la pointe du Grouin, étape balnéaire de nombreuses espèces d’oiseaux marins. Le temps de prendre un bol d’air revigorant, je m’élance en direction de Ars-en-Ré. Pour accéder à la deuxième partie de l’île, à l’Ouest, il faut passer par un étroit goulet de terre protégé par de hautes digues qui longent la côte. Cet endroit nous oblige à voisiner avec les voitures, les cyclistes commencent à rouler des sonnettes et il me faut batailler avec un vent qui s’est lui aussi invité à la fête. Je ne rentrerai pas dans Ars mais préfère tourner sur la droite et m’enfoncer dans la réserve naturelle de Lilleau des Niges et son labyrinthe avant de gagner progressivement Trousse Chemise et son bois rendu célèbre par les bêtises de Charles puis les Portes au Nord de l’ile. « Celle qui fut longtemps la commune des nécessiteux n’est plus aujourd’hui la laissé pour compte d’hier » et belles demeurent timides aux yeux des curieux y côtoient les nids douillets de grands migrateurs. Je décide de me rendre sur la plage et continuer mon périple les pieds dans le sable mais à mon grand dam sa côte rocheuse rend par endroit ma progression difficile, je décide donc de reprendre un chemin côtié et gagner le graal des cyclistes, le Phare des Baleines et le fameux cliché du « bout de l’ile ». Ce phare a quelque chose de mystique et de fascinant, construit en 1853 au côté de la Tour des baleines et haut de 57 m, il offre une vue unique dont la portée s’étalant sur 39 km, contribue à la légende. Il puise son nom dans le nombre élevé de baleines qui vinrent s’échouer à cet endroit de l’île par le passé. Je ne m’attarde pas et l’endroit est déjà assiégé par cohorte de touristes, je me déteste en me disant que j’en suis et frustré je reprends la route en direction de Saint Clément des Baleines où m’attend un repas chaud et une petite sieste dominicale. Je retrouve dans un grand sourire mes parents, déjà plus de 60km que je cours, l’heure de recharger les batteries et les vivres pour la fin du périple et le chemin du retour. C’est une certaine émotion qui me gagne, encore une fois mes compagnons d’aventures sont là et me soutiennent, encore un projet de dernière minute mais qu’importe, pudiquement je pense que chacun de nous a un lien commun avec cette île et c’est avec une grande joie que j’y suis pour partager cela. Je sais que sur le chemin du retour maman partagera quelques kilomètres armée de son vélo, elle m’ouvrira la voie entre les cyclistes et contribuera à me donner l’énergie pour rallier l’arrivée. C’est reparti, direction La Couarde, je garde ma droite mais cette fois-ci direction le Bois Plage, ses vignes, ses vestiges préhistoriques et gallo romains et son blanc moulin. Je progresse parmi les pins et cette odeur boisée avant d’effleurer Sainte Marie que je perçois de loin et m’enfoncer de nouveau dans les vignes, retrouver à l’abri des regards mon point de départ. Je jette une dernière fois un regard en direction de Chauveau où se joue un balai coloré de ce qui doit être une course nautique. La boucle est bouclée, un peu plus de 88 km, le regard est légèrement humide, une fois de plus j’ai passé un joli moment. Merci de m’avoir épaulé, chouchouté, smsé et soutenue durant cette ballade.

     « La clé du mystère pour toi ma Miss Terre, que tu saurais taire dans l’ile de Ré ».

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6 réflexions sur « « Dans l’île de Ré, ma belle adorée je t’emmènerai ». Tour de l’île de Ré »

  1. Encore du rêve à te lire mon ami ! Beaucoup plus sympa, joli et instructif que les commentaires « historiques » sur la Grande Boucle ! 😉 A très vite j’espère. Bises

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  2. Belle balade en effet. Beau récit et belles photos.
    A cheval entre l’ile et le continent pendant de nombreuses années, j’ai ai fait le tour plusieurs fois, la dernière ayant été publié en 2014 je crois sous forme d’ultratrail dans une revue de course à pied.
    Si je recommence au printemps 2018, je vous fais signe?

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