Tour du Cadran-AQUATERRA, 70 kms 2700 D+, « Les genoux à terre et les pieds dans l’eau ou l’art de la marche »

     J’aurais aimé commencer ces lignes en vous invitant à bord de la capsule du commandant Cousteau, pénétrant dans les années 70 les entrailles du lac de Bort-les-Orgues. Nous nous serions alors installés les yeux adossés aux hublots pour pousser les portes des villages engloutis de Port-Dieu, Milaet et Valette. Qui sait, nous nous serions peut-être surpris à rêver un instant de la vie d’Antan, cette vie pas si ancienne, qui animait jadis la vallée et qui semble à présent figée sous le poids des eaux. Malheureusement, mes orteils ne m’ayant pas façonné le pied marin, au mieux, disons, un pied éventuellement côtier, regagnons la surface et restons terre à terre pour nous lancer à l’assaut du parcours du Tour du Cadran dont la trace enlace entièrement le lac de Bort-Les-Orgues dans une étreinte de 70kms pour 2700m de dénivelés positifs.

   Introduction Tour du cadran

     Le « tour du Cadran »…un nom qui d’emblée pose les contours de ce qui nous attend, le deal est simple, un tour de lac pour un tour de cadran (12h). Avec un tel patronyme, j’aurais pu plagier le titre de Stephen Hawking et intituler ce verbiage « une brève histoire du temps » ou plutôt dans mon cas, « une longue histoire du temps », je me serais alors permis de jongler avec le temps en résumant cette aventure de la sorte:

     Siégeant fièrement dans mon emploi du temps en plein cœur de l’été, cette escapade corrézienne avait tout de la promesse de bon temps. Mais le temps de course est un peu comme le temps grammatical et tout comme le ressenti à l’instant t, passé, présent et futur sont des temps différents. Faisant preuve de tempérance au départ du barrage, mon pas pris le partit de battre la mesure en 2 temps. Surement brimé par la fraicheur des eaux, les courbes du château de Val et animé d’un fort tempérament, d’une valse en 2 temps il passa à 4. Malheureusement cela ne durera qu’un temps avant qu’une tempête s’éprit de mes articulations et raviva d’anciennes douleurs. Malgré mes efforts vains aidés par une bande adhésive pour tempérer ce nouveau climat, le temps avait tourné à l’orage en un rien de temps et du statut de traileur, me voilà devenu marcheur claudiquant à 6h. Il en était fini de ces temps fabuleux, ces temps héroïques où ma foulée effleurait les racines dans un souffle et attaquait le devers. Il ne me restait plus qu’à prendre mon temps et rallier mon Bort d’attache en dessinant les lettres de ce proverbe irlandais, « Quand dieu créa le temps, il en créa…beaucoup », de quoi faire un tour de cadran…

     Rétrospectivement, je ne suis pas certain d’avoir pris la mesure de ce qu’exigeait le Tour du Cadran autant sur le plan mental que physique. Quatre semaines après avoir laissé l’Ultra Tour du Haut Giffre derrière moi et une blessure au genou plus loin, je me présente après deux semaines de soins en tout genre au sommet du barrage de Bort-les-Orgues. Acculé par les doutes et devisant avec une voie intérieure à peine audible, j’apprends que ma réserve de carburant affiche en tout et pour tout 30 kms d’autonomie et que pour le reste ça risquait d’être une grande interrogation. Cependant, peut-être par pure inconscience ou par simple ignorance j’ai le sentiment de pouvoir passer une belle journée, après tout comparé aux 6000 m de dénivelés alpins il y a quatre semaines 3000 m ça parait jouable ? Quelle grave erreur que de se muer mathématicien de bas étage sur le terrain de dame nature car le Tour du Cadran est tout sauf une ballade de santé et qui plus est pour un amateur unijambiste. Technique et se frayant un chemin entre prairies, passages en sous-bois, plage, terre battue, pierrailles, ce trail exige concentration et application aux détours de ses lacets « racineux » où le devers fait son travail de sape et éprouve unilatéralement le corps dans un jeu d’équilibriste.

     Coté « course », le départ de cette ballade est donné du barrage de Bort-les-Orgues et déjà cet édifice bétonné nous permet de prendre de la hauteur baigné par les premiers rayons d’un soleil matinal qui nous accompagnera tout au long de la journée. La première chose qui me frappe est  le nombre de concurrents au départ, 87 au total, comparé aux centaines voire milliers d’autres épreuves. J’élabore une explication à l’emporte-pièce en étayant sur la densité du calendrier et sur le fait que les massifs Alpins et Pyrénéens aimantent pour une grande part les traileurs à moins que ce ne soit une volonté de l’organisation qui met d’avantage l’accent sur la dimension humaine et familiale de l’évènement. L’humain d’ailleurs, reparlons-en car l’Aquaterra en à revendre à travers des bénévoles aux petits soins et des riverains tout sourire. D’ailleurs ce sourire gagne les concurrents et Roxane, une  poitevine rencontrée au cours de ma reprise d’études qui participe au trail de 21 kms et pour qui le départ ne sera donné que dans 2 heures est venue me donner un dernier encouragement, le premier sourire d’une longue série.

     Dans le même temps, l’organisatrice nous informe d’un débalisage sauvage mais chacun sa place et je ne pense pas jouer les troubles fêtes à l’avant où un autre Poitevin, décidément, (Rudy Bonnet) va surement aplanir le relief et s’adjuger un nouveau tour de cadran, défrisant au passage Chronos en divisant le tour de son cadran par 2. D’ailleurs le speaker ne s’y trompe pas et lui adresse un message avant de faire remarquer que 2 concurrents arborent des sandales, tels les « wild runners » Tarahumaras* tirés tout droit de « Born to run » de Christopher Mc Dougall (*nom donné par les premiers missionnaires à une modeste tribu des montagnes au Nord de Mexico qui s’avère être de formidable coureurs de fond et qui est en fait une déformation de « raramuri », « les pieds qui courent »). L’histoire racontera qu’un des deux ne franchira pas la ligne (arrêt à mi-parcours), le second se classant à une très belle 20ème place, beau pied de nez, comme quoi la chaussure ne fait pas le moine. Le décompte s’achève, la meute est lancée et en un rien de temps nous gagnons les sous-bois sous une température idéale, une belle journée pour courir.

     Les racines se multiplient sous mes pieds et les kilomètres défilent gentiment, chacun essaie de trouver son rythme et sa place et le peloton s’égrène peu à peu. Je me retrouve bientôt seul, perdu dans mes pensées. Cependant un bruit léger vient perturber la quiétude apparente. Je mets quelques secondes à l’identifier, « comment un bruit peut-il me sembler à la fois nouveau et si familier ? » une chose est sûre, ce bruit est à ma poursuite et se rapproche.  J’élabore des hypothèses aussi farfelues les unes que les autres malgré mon état de sobriété. Peut-être est-ce la quantité industrielle de bleu d’Auvergne ingérée ces derniers jours qui font vaciller mon esprit, mais après analyse, ce bruit ressemble fortement à un bruit de pas. Il semble tellement léger, tonique, dynamique comme si son propriétaire sautait de racine en racine. J’ai beau me concentrer, ce son est  bien loin de celui habituel dicté sous le poids des chaussures de trails. A l’entendre  j’ai l’impression de trainer une forte surcharge pondérale. Très vite je comprends le phénomène en me faisant reprendre par les 2 élèves Tarahumaras. Les deux silhouettes semblent reliées par un fil et chaque pas s’emboite parfaitement dans celui qui le précède. Le spectacle est magnifique et ces deux coureurs semblent suspendus, désarticulés, hors du temps comme s’ils s’intégraient pleinement dans le paysage et faisaient corps avec la nature. Inconsciemment j’accélère le pas pour emboîter le leur et profiter encore quelques instants de cette légèreté.

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Entre fluidité et légèreté les sandales aux pieds

     Contrairement à nombre de pratiquant je n’ai pas d’apriori négatif sur la multiplication du minimalisme sur des trails longue distance. Ce phénomène, déjà bien développé aux Etats-Unis gagne peu à peu l’Europe et fait de plus en plus d’adeptes.

Les modes se succèdent et une politique interne voit la naissance de nouveaux partis sous les termes de « maximalisme », « minimalisme » et j’en passe, nos pieds en perdent parfois la tête quitte à en marcher sur la leur.

     Des voix s’élèvent ici et là pour un retour à cette pose de pied plus naturelle, d’autres lèvent leur boucliers eu égard à une pratique jugée fanfaronne, incompatible avec la pratique de la course à pied longue distance, le corps cette belle machine. Le proverbe « trouver chaussure à son pied » n’a jamais aussi bien porté son nom et peut être que ces deux-là l’appliquent parfaitement. M’extirpant peu à peu de ce spectacle, mes yeux caressent bientôt les murs du château de Val qui apparaît à notre vue (km 5). Et dire que l’édifice aurait dû lui aussi se retrouver sous les flots si le niveau n’avait pas été revu à la baisse, cela aurait été dommage tant sa bienveillance semble veiller sur cette étendue d’eau.

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De jour comme de nuit, le château de Val en sentinelle du lac

     A peine ai-je le temps de replacer mon regard dans le sens de la marche que déjà mes compagnons de fortune ont pris la tangente et ont disparu avec autant de légèreté qu’ils m’étaient apparus. Cette solitude retrouvée me pousse à diminuer l’allure et profiter d’avantage de ce qui m’entoure, 2-3 coureurs aux ambitions supérieures aux miennes me dépassent bientôt et avancent inexorablement vers notre but. Les prairies et routes goudronnées se succèdent avant que je ne rejoigne un coureur de la distance reine du week-end, l’EDFi des Lacs (110 kms, 4500) qui emprunte le même parcours après une boucle supplémentaire de pas moins de 40 kms. Partit 7h plus tôt il m’apparait marqué. Ses fossettes creusées et son regard hagard en disent long sur cette nuit qui selon ses dires a trainé en longueur et commencé à entamer son moral. Nous échangeons brièvement mais je ne le sollicite pas plus, je sens qu’il est dans le bas plus que dans le haut de la pente et qu’il a besoin de rester dans sa bulle  et se concentrer sur son objectif. Nous arrivons à présent à Grange Haute, premier véritable ravitaillement. C’est ici que sera jugé l’arrivée  du Trail de l’Artensiel, trail de 21km qui empreinte le même parcours au départ du barrage. Pour la première fois de l’aventure, je commence à ressentir une gêne au niveau du genou qui n’augure rien de bon pour la suite. La sensation progressive qu’un petit reptile rampant s’élance depuis ma cheville dans une ascension tibiale  pour gagner et enserrer mon genou avant de venir se figer au creux de ma rotule. Sa progression semble irréversible et peu de temps lui sera nécessaire avant qu’il n’irradie la partie inférieure de ma cuisse et par compensation morde l’autre jambe. Sans être surpris,  je sens que la journée va être longue. Après un bref casse-croute ponctué d’un débat autour de la comparaison métrique entre kilométrage parcouru selon l’organisation et kilométrage affiché sur les GPS, nous constatons un écart variant entre 2 et 3 kms selon les coureurs à cet instant de la ballade. Comme quoi, même en trail, syndicat et police émettent des chiffres discordants. Pour ma part je constate que cet écart se chiffre à 3 kms, l’organisation annonce 21 kms et la montre 24. Cette nouvelle perturbe mes pronostics de gestion et d’heure de rendez-vous avec l’assistance, mentalement je perds une vie. Dans le même temps je déplore que ce satané GPS est pris une part si importante dans notre pratique, comme si c’était une part de liberté qui s’étiolait.

     Je décide de reprendre la route pour rejoindre ma première et seule assistance du jour au point d’eau du kilomètre 28. J’arrive tant bien que mal à cette oasis où je retrouve Louise, Jeanne et Tom. Psychologiquement, bien que je veille à ne rien laisser transparaitre, l’orage gronde au loin. A force de me répéter que j’avais 30 kms d’autonomie j’ai fini par m’en convaincre. Mais à présent, je les ai quasiment parcourus, alors qu’en est-il de la suite ? A vrai dire je ne m’étais pas projeter au-delà de ces 30 kms, j’arrive dans l’inconnu et par la même occasion dans une zone d’inconfort. Quand l’esprit a pris le pas sur le corps mais qu’il vacille à son tour… Je profite de ces quelques instants pour échanger et me faire « strapper » le genou, ce satané serpent m’asphyxie l’articulation, je vais tenter de l’asphyxier à mon tour. Un genou neuf en poche mais l’esprit en proie à de plus en plus de pensées négatives, je tourne le dos à l’assistance et vais tenter de passer de l’autre côté du cadran, un retour à l’envoyeur en somme, direction le barrage de Bort. En peu de kilomètres je vais successivement passer par trois départements, le Cantal, le Puy-de-Dôme et la Corrèze, c’est aussi ça le Tour du Cadran. Au fil des kilomètres, la course cède le pas à la marche, moins traumatisante mais qui, paradoxalement, offre beaucoup de temps à la réflexion, réflexion pas toujours constructive d’ailleurs. Je pense notamment au marathon des Gabizos qui se profile à l’horizon avec l’ami Nicolas. Deux options s’offrent à moi. Soit c’est l’abandon pour tenter de préserver ce qui reste de mon genou et arriver en un demi-morceau dans les Pyrénées dans deux semaines, soit je continue et advienne ce que pourra. Eu égard à ce projet de parcourir des kilomètres pour collecter des fonds au profit d’une association de lutte contre le cancer (Tulipa Hope and Fight Cancer). J’opte pour la seconde option et poursuis l’aventure au moins jusqu’au kilomètre 42, me dis-je, qui marque l’arrivée du Trail « Les manants de Port Dieu » (42 kms, 2000 D+). Si jamais je décide de stopper ici, une navette me ramènera à Bort-les-Orgues, pour la logistique ce sera plus simple et puis, à défaut, je pourrai toujours avancer tête basse auprès de mes proches en leur disant que j’ai tout de même réalisé un marathon. Entre temps, j’arrive au  point d’eau du kilomètre 35 qui marque la mi-parcours et retrouve l’un des deux élèves Tarahumaras qui a décidé de poser les sandales. Il semblerait qu’une douleur au genou ait eu raison de son aventure. J’apprends que le second « wild runner » n’est autre que son frère,  je ne peux retenir un sourire, cette fraternité donne encore plus de relief à leur challenge. Après une bonne hydratation je reprends la route et pénètre bientôt dans un sous-bois sur ma gauche, direction Trappe/Port-Dieu. Dans ces lacets escarpés, je rencontre pour la première fois le dossard 1199, à vrai dire, je ne saurai jamais son véritable nom mais nos conversations animeront la suite du parcours et nous ne cesserons de jouer au chat et à la souris pendant de nombreux kilomètres. Son sourire et sa bonne humeur sont communicatifs, il dégage une sérénité rassurante qui réanime mes jambes qui n’ont d’autres choix que de lui embrayer le pas. D’une simplicité déconcertante derrière sa bonne humeur généreuse il m’amène dans le sillage d’une aventure qui s’humanise peu à peu. Nous ne sommes plus de simples corps en mouvement mais des corps en interaction et ça change énormément de choses. Additionné au fait que lorsque l’esprit est occupé, la douleur s’estompe légèrement. Ce n’est que depuis peu que j’ai cessé de me comporter en animal solitaire dans ce genre d’épreuve. Avant j’avais cette fâcheuse tendance à me recroqueviller dans une bulle et vivre une aventure intérieure qui était certes très intense mais qui m’isolait complètement des autres traileurs. J’écoutais les conversations sans y prendre part avec la volonté de préserver au mieux  mes ressources afin de les diriger dans le seul effort, l’égoïsme poussé à son paroxysme. Depuis ce début d’année, le constat est simple, je ne suis qu’un traileur du dimanche et encore, je me considère d’avantage comme un randonneur. Soyons honnête, quand on  regarde ma moyenne de progression, je me rapproche plus d’un marcheur que d’un véritable coureur mais je l’accepte. La course à pied n’a jamais représenté pour moi autre chose qu’un moyen de se rendre d’un point A à un point B, et ces longues étapes, une excuse à la découverte de nouveaux territoires. D’abord physique derrière la question « jusqu’où pouvons-nous pousser notre corps ? » puis géographique, « comment est la vue de la haut, de la bas, et de là ? ». A présent, bien que très mauvais cadreur, j’embarque de plus en plus la caméra pour figer cette nature, la partager et donner du sens à tous ces kilomètres. C’est aussi une façon pour moi de jouer avec le temps, où une conversation animée donne des aires de trotteuse à l’aiguille des minutes en une succession de belles rencontres.

Et que dire de la vue… avec cette impression parfois gênante de se muer en observateur indécent déshabillant le bleu du lac au travers des branches.

     J’arrive enfin au fameux ravitaillement (km 42) et cette fois-ci le mot abandon joue avec mes genoux. Sous la chaleur de plus en plus présente, j’aperçois juste face à moi cette petite chapelle comme une promesse de fraîcheur qui semble inexorablement m’attirer dans ses filets. Et que dire du ponton en contre bas qui expose à mes yeux une voie royale pour le repos du corps dans cette eau qui apaiserait tous mes maux. Ça sent le traquenard à plein nez et après avoir plongé ma main et glané quelques remontants, je file dans un souffle avant de ne rester accroché à ce rocher, surtout ne pas céder à la tentation. Comme ficelé au mat de mon bateau lancé en direction d’Ithaque ou plutôt de Bort-les-Orgues,  je m éloigne en courant avant d’être rattrapé par la douleur. Il ne me reste pas moins de 28 kms et 1000 m de dénivelé à parcourir, une véritable épreuve au vu de l’état de mes membres inférieurs. J’entends au loin les paroles de l’organisation qui nous disait que le plus dur commençait à mi-parcours, aie… Me retrouvant complètement seul au bord du précipice, je décide de tirer Nico de sa sieste dans un coup de fil à un ami. Le but n’est pas de gagner des millions mais ses paroles m’extirperont du sol et m’apporteront bien plus que je ne pouvais l’espérer. Dans le même temps je reviens à hauteur d’une jeune femme avec qui je vais échanger quelques kilomètres. Cette amitié d’un jour s’éveille au fil de notre conversation et anime nos pas. Nous apprenons à nous connaitre les pieds dans la poussière pour quelques minutes, sans à priori, munis de notre tenue de lumière, la simplicité des rencontres facilite les échanges. J’apprends qu’elle et son mari sont professeurs d’EPS, moi qui viens de reprendre des études en STAPS, le monde m’apparait tout à coup tout petit. Vous n’allez pas me croire si je vous dis qu’on a parlé couche et nuit de nouveau-né mais comme quoi, le Tour du Cadran c’est aussi ça. Heureuse maman de deux jeunes filles elle me transmet son expérience et me relate l’admiration de son mari qui l’assiste dans cette grande aventure. Du fait de leur jeune âge, ses filles ne montrent pas toujours le même entrain à venir assister au spectacle du lac, ne se rendant pas encore bien compte de ce que leur maman est en train de réaliser aujourd’hui mais nul doute qu’elles seront fières de cet exploit. J’extrapole à ma propre situation avec mon petit bout de 2 mois et demi, j’espère secrètement  les retrouver tous les deux avec Louise à l’arrivée pour franchir la ligne. Je suis heureux d’échanger et me dis que le chemin est parsemé de gens bien, une fois n’est pas coutume, je ne saurai jamais son nom…

     Je rejoins bientôt l’un des derniers points d’eau du parcours. En me voyant arriver en boitant, les deux bénévoles qui tiennent boutique ici me conseillent d’abandonner. Au regard de la blancheur de leur chevelure qui m’apparait comme un totem de sagesse, je prends le temps d’étudier les options. Le dossard 1199 arrive alors que je suis en pleine réflexion et là encore comment ne pas suivre son enthousiasme bien qu’il soit mis quelque peu à l’épreuve. En effet, le pas pressé, voilà plusieurs minutes qu’il est pris en chasse par un coureur dont l’estomac fait des siennes dans un concerto de rots cadencé toutes les 30 secondes, et quand ça fait plusieurs kilomètres que ça dure, ça commence à peser. Il se doit absolument d’échapper à ce compagnon quelque peu bruyant qui arrive sur ses talons. La situation est cocasse et effectivement quand ce dernier déboule la locomotive est en marche et en rythme. Profitant de la perturbation ambiante je m’éclipse et poursuis ma route après 15 bonnes minutes de repos.

     Une demi-heure plus tard, je reviens dans les pas de ma compagnon rencontrée plus tôt avant qu’un marcheur nous apprenne qu’un ravitaillement se trouve juste après le passage d’une petite crique. Dans mes souvenirs de quelques criques, celles-ci ne m’ont jamais parues aussi longues. J’entendais le bruit du ravitaillement en face à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau, mais la route a décidé de prendre des chemins de traverse et de nous envoyer à droite, encore, encore et encore… J’attendais le virage à gauche qui rétablirait l’équilibre, «  peut être après ce buisson ? Non, et celui-là ? Non plus ». Enfin le fameux virage est arrivé, il fallait faire autant de chemin en sens inverse avant de gagner un petit bar ou une chaise allait m’offrir un peu de repos. Le chemin qui me sépare de l’arrivée est encore long et pour être honnête je n’en garde que deux souvenirs. Le premier c’est ce jeune couple de marié en pleine séance photo sur les bords du lac, encore une rasade de sourire et fou rire quand j’ai essayé de les battre à la course, décidément ces Corréziens sont des personnes formidables.

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Et si le mariage n’était pas encore consommé ?

     Le second est ma visite impromptue d’une magnifique bâtisse un peu à l’écart du chemin qui marquait un point final à cette aventure démarrée sur les bords du château de val. Restait alors une grande descente au combien traumatisante jusqu’au centre de Bort-les-Orgues et sa place Marmontel. L’heure tardive remplissait les verres et les terrasses. Je croulais sous les encouragements des riverains et qui plus est quand leur regard se posait sur ma jambe de bois qui semblait ne pas battre la mesure au même rythme que le reste du corps. Malheureusement mes prédictions chronométriques étaient faussées de 10 minutes d’avance sur ce que j’avais transmis à mes proches une heure plus tôt, c’est donc en soliste que je franchis la ligne sous une chaude ambiance. Cette région d’irréductibles recèle vraiment de fabuleux trésors, à présent je vais aller explorer ceux qui vont garnir mon assiette dans un feu d’artifice culinaire.

Prochaine édition: Juillet 2018 / Ouverture des inscription: Non communiquée / Lien vers le site de l’organisation (ici) / Sources photos (Clément Boinot).

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