Porte à porte, l’ultra-quotidien d’un chercheur en baskets, vers l’infini et au-delà (Vidéo : B’more runs)

      Le point de départ de cette vidéo aurait pu s’intituler « lettre à ma mère » de Richard Clayderman et l’envie de répondre de façon ludique à la question que beaucoup m’ont posée, alors les Etats Unis c’était comment ? tu as pu courir ? Puis finalement je me suis pris au jeu ou plutôt au piège…

      Si on rembobine le film, ma thèse de physiologie humaine en poche je m’envole pour les Etats Unis et la promesse d’une recherche de pointe dans l’un des lieux les plus réputés au monde, le « Johns Hopkins Hospital ». Imaginez pour un petit « frenchy » de Poitiers, les Etats Unis d’Amérique et son lot de liberté, de démesure, on entend de belles choses à la télé.

     Et ben en fait j’ai débarqué à l’aéroport de Baltimore (BWI pour les intimes) un lundi de Janvier tard dans la soirée, ma vie logeant dans une valise, mes rêves en poche et l’adresse d’une auberge de jeunesse gribouillée sur un post-it, de l’autre côté y était inscrit l’adresse du laboratoire dans lequel je devais me rendre le lendemain. Me voici donc propulsé dans le tramway reliant l’aéroport au cœur de la vile pour 45 min de mon premier voyage… Mes yeux virevoltent, recherchant des points communs avec la France, ce genre de choses à quoi se rattacher mais rien, juste une affiche pour une assurance santé à ma droite et un panneau « if you see something, say something » à ma gauche. La rame est déserte mis à part deux personnes louches qui regardent mes valises comme on regarde un steak après 3 jours de jeun…D’accord, il va falloir apprendre les règles et les codes et devenir une ombre. J’ai enfin adressé ma première parole, in english mais avec un gros French accent ! La personne qui vient de s’assoir juste derrière moi est un sans-abri, les vapeurs d’anis qui s’échappent de ses paroles ne font aucun doute quant à son état d’ébriété avancé mais mon innocence aux joues roses le relance sur sa vie, sur les Etats Unis. Finalement, le premier dialogue tourne autour d’une situation de précarité extrême d’un ancien militaire tombé dans l’alcool au retour au pays, d’un système de santé qui déverse des gens pas totalement soignés dans les rues mais heureusement les Ravens sont là (l’équipe de football américain de la ville) ; nos chemins se séparent avant ma station, je ne sais même plus ce que je ressens là tout de suite, je suis à Lexington Market sur un air de « the wire » de David Simon… S’en suis une auberge de jeunesse par chambre de 8, deux premières semaines dans un labo en plein déménagement et donc deux semaines à rester sur une chaise proposant mes sévices maintes fois refusés…Mr l’oncle Sam il faut qu’on parle !!!

     Vous allez me dire un peu long comme intro non ? Me voilà donc aux Etats Unis, mes rêves un peu ébréchés à lutter contre un emploi du temps XXL au labo (c’est pas les maxi best of français) avec une hiérarchie qui veut m’installer un lit dans son bureau afin que je dorme sur place pour être encore plus productif…euh et dans tout ça, juste on court quand ? En fait on ne court pas. Les clubs de running ont déjà rangé leurs chaussures à l’heure où je sors les miennes ou sont encore bien endormis à l’heure où je pose mes yeux sur la ville… Alors à me promener sur le web, je tombe sur un canadien d’adoption qui court foutrement bien des ultras avec pour seule méthode d’entrainement aller et revenir du travail à la course, Mr Joan Roch de son petit nom, je me permets un copyright…Je me suis alors mis en quête d’une douche et ai dégoté le sésame dans les toilettes d’un des innombrables étages. A ce moment-là des horizons insoupçonnés se sont offerts à moi, sur la vision de la vie, la gestion du quotidien et de la fatigue, les méthodes d’entrainement, des contacts humains merveilleux se sont alors noués, parfois il suffit juste de trébucher sur un aspirateur, sans parler d’un dialogue interne savoureux. J’ai alors vu les deux côtés de cette ville schizophrène, Baltimore, B’more et B’less, pris mes baskets durant une année, arasé le quotidien et arpenté la ville sur près de 3 000 kms pour en faire une aventure, elle commence ici, cette aventure la voici :

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