Phoenix by run

     L’exploration urbaine par la course, voilà un bien joli terme, quoi que pompeux à bien des égards, pour désigner cette activité que je décomposerai d’ailleurs en deux types d’approches…

     La première consiste à m’inscrire à un marathon dans une ville inconnu et profiter des 42.195 km offert à des fins touristiques, un peu radical mais cette option permet une visite en largeur, les organisateurs aimant à faire passer la trace par les points d’intérêt de leur ville. Deuxième option, profiter d’un passage en ville, chausser ses runnings et partir à la découverte, porté par sa forme du moment, sa curiosité et d’un point de vue plus matériel par les aléas des routes et autres carrefours. Un léger plan désignant les points immanquables étudié au préalable mais qui bien souvent n’est que très peu respecté, quelques interruptions de passant pour s’assurer d’une destinations sans mauvaises surprises, surtout aux Etats Unis, et voilà le cocktail réuni pour une petite ballade bucolique bitumesque entre les tours au rythme du compte à rebours pour piéton des feux de signalisation. C’est cette seconde option qui m’a mené sur les routes de Phoenix, destination du congrès annuel Nord-américain sur la Mucoviscidose auquel j’ai eu la chance de participer.

     Bon déjà si vous associez « Phoenix » et « visite » dans un moteur de recherche, les résultats ne sont pas légions et il nous est souvent conseillé de satisfaire notre curiosité en quittant la ville pour les environs plus « CHALEUReux » en s’élançant par exemple dans le désert d’Arizona ou encore pour les plus téméraires avec ses 4h de route, le Grand Canyon. OK je tente quand même de rester et essayer de connaitre cette inconnue. C’est marrant pour placer Phoenix sur une carte on a l’impression de revivre la pub des vainqueurs du loto, « chérie ou part-on en vacance ? », et la chère et tendre de s’afférer, prendre le globe et le faire tourner avec frénésie avant de pointer au hasard une destination. On a l’impression qu’il en a été de même pour cette ville, « Eh Tom, je suis bien embêter là, j’ai Phoenix à caser », « attends je prends la carte des USA, je ferme les yeux et HOP ici… Ah merde, le désert, pas de chance… allé on est sympas, on leur donnera des cactus, ça les fera marrer »… C’est tout à fait ça, tout autour le désert et au milieu une ville, c’est un peu l’apanage des villes américaines, rien et tout d’un coup des constructions… Revenons-en au sujet…3 jours, 3 nuits et un peu plus de 50 km de course plus tard, je dois dire que nous avons partagé un beau moment. Phoenix est une amante timide au première abord, le regard se veut fuyant, hésitant, tout en retenu afin de ne rien dévoiler de ses pensées, la voie est légère, le corps fermé, sur la défensive, mais peu à peu au rythme des sorties, Phoenix se pare de ses plus beaux appareils, se montre plus avenante, charmeuse parfois par le pli que dessine sa peau sous ses yeux et l’association de couleurs de son architecture, sa moue est boudeuse souvent. Son sourire à l’aurore et au coucher du soleil est teinté d’un oranger aux nuances légères mais marquées, sorte de poussière venu tout droit du désert de Sonora et qui viendrai s’abattre sur nos têtes. Le spectacle est fascinant, déroutant, une vague figée attendant qu’un surfeur ne vienne l’affronter, rencontre qui n’arrive jamais et laisse place à un ciel bleu et des températures remarquables pour un mois d’Octobre, remarquable pour un gars qui vient de plus à l’Est bien entendu =) et qui justifie son doux quoi que torride petit surnom de « Valley of the Sun » . Ce n’est pas ce genre de réveil après une soirée trop arrosée, ou on ouvre les yeux et découvre une présence, bonne ou mauvaise surprise… La couverture glisse alors et dans notre cas dévoile une peau satinée, l’asphalte étincelle sous le soleil donnant l’impression d’une flaque d’eau à l’horizon. Le cœur de Phoenix est celui d’une adolescente, ne possédant à peine plus de 200 ans d’histoire (elle n’a vu le jour qu’en 1867 très exactement), rieuse, légère, presque désinvolte. On y retrouve le Phoenix Museum of History célébrant les glorieux ancêtres amérindiens qui s’inscrit dans la continuité d’une population à consonance à majorité « hispanique » via la proximité du Mexique voisin. Les traditionnels bâtiments administratifs ou les quelques buildings vitrés du centre tel que la Chase Tower côtoient des bâtiments plus traditionnels témoins encore debout de la ruée vers l’or et la formidable expansion industrielle qui fut permise par l’arrivée du chemin de fer. D’ailleurs si on lève les yeux vers le désert on s’attend à voir d’un instant à l’autres débouler la diligence de John Wayne dans « la chevauchée fantastique », malheureusement les chevaux sont remplacés par de vielles Chevrolets, des Cadillacs ou de gros 4X4 destinés à des explorations plus arides et escarpées, ah le progrès, rien ne l’arrête… Le centre concentre l’activité administrative et la hauteur des tours diminue avec l’éloignement de son noyau pour arriver sur des banlieues plus pavillonnaires aux pelouses insécables. On a l’impression de voir la pelouse d’un golf, d’un vert immaculé sous ce climat, témoin d’un arrosage abondant. J’ai d’ailleurs pensé à papa qui s’ennuierait dans l’élagage de palmiers marqué par une absence criante de branches mais ferais fortune dans la tonte. D’ailleurs je ne sais combien j’ai croisé de jardinier s’afférant sur les pelouses, je n’ai pu m’empêcher de penser à l’importance du jardinier dans les séries américaines. De l’amant aux muscles saillant qui fait vivre à une épouse bien sous tous rapports une vie parallèle trépidante et adultère, aux jardiniers repérant et préparant minutieusement quelques cambriolages, bref toujours se méfier des jardiniers, ou pas =). Je trouve que ces maisons pavillonnaires ont du charme avec leur petite terrasse ou traine toujours une chaise en direction de la route, chaise en bois à balancier pour certains, chaise de bureau toute simple pour d’autres, sans nul doute la place du patriarche comptant à ses petits-enfants les contours d’une vie passée mais bien remplie sous le ciel étoilé. A ma grande surprise, je n’ai pas croisé beaucoup de drapeaux américains bordant les maisons, tiens curieux…

     En périphérie, Phoenix dévoile quelques formes généreuses dessinées par de longues courbes bordés de Palmier pour laisser apparaitre ci et là les fameux cactus de Tom, emblèmes de l’Arizona. Les obligations du congrès ne permettant que des ballades entre 22h et 6h, je n’ai malheureusement pas pu me lancer dans des sorties de plus de 10 km, les montagnes au loin n’ont été qu’un rêve éveiller, inaccessible. Cependant j’ai pu atteindre quelques banlieues périphériques et voir qu’une fois de plus la misère est toujours relayée au second plan des cartes postales, maisons branlantes entassées, poussières, climat d’insécurité, sans-abris et autres gangs…derrière un prince charmant il y a toujours un crapaud, Phoenix n’y déroge pas…

     Voilà pour la rencontre de cette dénommé Phoenix, mais à présent je remballe mes runnings, d’autres ville nous attendent, prochaine étape Baltimore mais dans la version marathon de l’exploration. Et n’oubliez pas messieurs, prenez garde à votre cœur, Phoenix n’est pas l’amante d’un seul homme 😉

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