Ce fut le premier Septembre 2015, il était exactement 5 h 45 quand le réveil décida de me sortir de mon sommeil, les yeux embués, une petite voix dans ma tête commanda à ma main d’appuyer sur ce formidable bouton permettant de repousser le réveil, ce fut chose faite non sans fierté, juste une envie de me reglisser sous les draps encore tout chauds, me protégeant ainsi de la froideur ambiante, le sourire aux lèvres non sans un soupir de satisfaction. Exactement 9 minutes plus tard, ne me demandez pas pourquoi mon réveil est programmé sur une répétition toutes les 9 minutes, paramètre sans nul doute de base du téléphone, je n’ai rien touché, c’est tout moi, second coup de clairon et cette fois ci je décide de poser les pieds au sol. Il faut prendre son envol, il en sera de même les jours suivants. Cela marqua le début de mon tournant ultraordinaire.
Depuis mon arrivée aux Etats Unis, j’ai délaissé la voiture pour les transports en commun, la raison à une difficulté de se garer que ce soit à proximité de l’appartement ou du travail mais il est vrai, aussi, à cette curiosité d’aller à la rencontre des gens, apprendre, connaitre, converser, une sorte de sociabilisation commune dans notre moyen de nous rendre et revenir du travail. Mais dès les premiers jours, le constat est sans appel, je n’avais qu’à franchir la porte du bus et jeter un regard sur ses occupants pour découvrir que le 21ème siècle ne ferait pas dans le social. Le bus était bondé certes mais à ma grande surprise pas un seul regard n’était destiné à son voisin, seul l’écran des téléphones occupait les esprits et focalisait l’attention de leur propriétaire. C’est marrant comme les réseaux sociaux qui rendent la vie terriblement sociale nous dépouillent parfois du lien charnel entre les Hommes, qu’en est-il de la bonne poignée de main virile du matin, du regard pétillant et autres sourires gênés…il n’y a qu’à regarder nombre de table au restaurant où les couples ne viennent plus a deux mais à quatre, Smartphone oblige, mais je m’égare, c’est un autre débat et j’utilise également les réseaux sociaux dons je sors….=) Le temps passant par la suite et étant happé par mon envie de bien faire, le travail m’a absorbé et initié à la pénombre sociale m’intégrant aux badauds et marchant dans la sociabilisation artificielle du bus, mes meilleurs amis se prénommaient alors Google et Yahoo. Je ne courais que par parcimonie, une à deux fois par semaine, essayant à tâtons la salle de sport à la recherche désespérée de ce contact, cette fois si l’écran s’était mué en écouteurs, mais le constat demeurait inchangé, un néant relationnel. J’ai alors décidé de prendre mes baskets et tâter la vie extérieure mais les émeutes du début d’année à Baltimore ont émaillé ce renouveau et m’ont poussé à revoir mes plans d’évasion. Une fois de plus, les baskets ont versé dans la solitude d’un placard. Quand sont arrivées les vidéos de l’UTMB, voir toutes ces personnes se préparant, j’ai alors repensé à la CCC 2014 avec nostalgie. C’est alors que j’ai entendu du bruit dans le placard, mes baskets alors discrètes sont montées au front afin de me raccompagner chaque soir du travail à la maison. Malgré la fatigue de mes journées de travail qui s’étalaient sur un bon tour de pendule, je retrouvais dans cette pratique une parenthèse, un sas de décompression et de bien-être, fini le stress de ce vase clos qu’est le labo, cette attente et cette dépendance au bus, place à l’espace. Cependant, l’heure tardive ne me poussait qu’à explorer les endroits surs (Ah Baltimore !…) et la distance ne dépassait guère les 5 kms, trop peu quand on se destine aux ultra-marathons…Et là, un jour d’Aout, décidant d’explorer les étages de mon bâtiment de travail, cachée dans un recoin assez lugubre je dois l’avouer….Une douche !!!!!!, ça peut paraitre bête mais ne vous moquez pas, c’était mon sésame, ma porte d’entrée vers la liberté. Je suis d’ailleurs revenu le lendemain et toute la semaine durant, peut être avais-je peur que celle-ci ne disparaisse pendant la nuit, je testais alors chaque jour la lumière, le système de fermeture, y avait-il des signes d’utilisation ?….Et chaque jour, elle demeurait là, certes bien qu’hostile en apparence, elle allait m’ouvrir des espaces infinis et que dire des possibilités. En parallèle de cette découverte, je suis, par un certain hasard, tombé sur le blog tenu par un personnage qui gagne réellement à être connu, Joan Roch, petite célébrité au Québec =) et qui réalise l’exploit de se rendre et revenir de son lieu de travail 5 jours par semaine, et cela toute l’année, peu importe le temps (et ce n’est pas rien quand on sait qu’il vit à Québec) en faisant plus de 10 km aller et 10 km retour par la seule force de ses jambes. Mais marcher serait trop facile alors il fait tout à la course alliant sa passion et sa vie de père de famille, un immense Monsieur. En parallèle, il arpente les ultra-marathons à la recherche de la limite, de « sa » limite. Mais ces deux personnages ne se sont pas encore rencontrés, peut être sa limite est-elle trop timide voir farouche pour se laisser approcher, je lui souhaite d’ailleurs une bonne recherche, et un énorme remerciement pour sa générosité et sa simplicité, vraiment TOP… Alors pourquoi pas la course utilitaire comme il aime à l’appeler, quitter les 30 min de bus aller et 30 min retour et sa vie fantomatique pour des ballades champêtres de 20 km par jour. Il me suffisait de trouver un parcours sur, en parler à mes chaussures et apprendre un peu d’organisation et surtout prendre ma course en main. Ainsi cela fait 2 mois maintenant que mon ultraquotidien a pris forme, juste un mec ordinaire, avec une vie tout ce qu’il y a de plus simple, aller et revenir du travail, la différence est que je me lève le soleil sur l’épaule et suis raccompagné par la lune (enfin les jours de ciel dégagé =)) et au bruit des pas qui rythme mes rêveries. A présent je crois bien que c’est vrai Joan, l’aventure commence quand on met le pied dehors =) et maintenant je souris aux bus, affaire à suivre, je n’ai pas fini de contempler et m’émerveiller des richesses de mon environnement, ça vaut le coup non ? 😉